Archive for June, 2008

Le Sénat dit non aux langues régionales

Tuesday, June 24th, 2008

Le 22 mai, l’Assemblée nationale avait décidé à la quasi-unanimité d’ajouter au premier article de la Constitution une phrase stipulant que “les langues régionales appartiennent au patrimoine” de la Nation. Mais les sénateurs, par 216 voix contre 103, ont adopté un amendement supprimant la référence aux langues régionales que les députés avaient ajoutée au texte initial.

La majorité UMP mais aussi les centristes, les communistes, les radicaux - dont l’ancien PS Michel Charasse - et quelques sénateurs PS, comme Robert Badinter ou Jean-Luc Mélenchon, ont voté la suppression. La majorité du PS, les Verts et quelques UMP ont en revanche voté contre. “Nos enfants parlent texto, il faut renforcer le français et ce n’est pas en faisant appel aux langues régionales”, a déclaré Jean-Pierre Fourcade (UMP). Patrice Gelard (UMP) s’est inquiété de “retrouver demain la franc-maçonnerie, les cathédrales, le christianisme dans le patrimoine national”. Et pourquoi pas “la potée auvergnate” comme monument historique, a ironisé Michel Charasse, refusant comme Robert Badinter que la Constitution soit “un catalogue de richesses culturelles”.

L’Académie française s’est également inquiétée de la reconnaissance des langues régionales dans la Constitution. S’ils ne contestent pas l’importance des langues régionales, les académiciens s’interrogent sur “cette apparition soudaine dans la Constitution”, et contestent en particulier la primauté donnée aux langues régionales, désormais inscrites dans l’article 1 de la Constitution alors que la langue française reste mentionnée dans l’article 2. “Il nous paraît que placer les langues régionales de France avant la langue de la République est un défi à la simple logique, un déni de la République, une confusion du principe constitutif de la Nation et de l’objet d’une politique”, écrivent-ils.

Selon vous, cet amendement était-il utile ? Etait-ce maladroit de vouloir le placer dès l’article 1 de la Constitution ? N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires.

Sorosoro

Friday, June 13th, 2008

Jacques Chirac a lancé le 9 juin dernier sa Fondation pour le développement durable et le dialogue des cultures. Parmi les domaines d’actions prioritaires figure la sauvegarde des langues et des cultures menacées, ce qui est en soi une excellente nouvelle. Le projet s’appelle Sorosoro, ce qui signifie “souffle, parole, langue” en arki, une langue du Vanuatu qui n’a plus que huit locuteurs.

L’objectif est de documenter, d’archiver des documents, “d’engranger pour la postérité”, comme nous le dit la directrice du projet, Rozenn Milin (par ailleurs ancienne directrice générale de TV Breizh, première chaîne de télévision régionale et bilingue en France). Et elle précise encore : la priorité, “ce ne sont pas les langues qui risquent de mourir mais celles menacées de disparaître”. C’est cette phrase rapportée par le journaliste de Ouest-France qui a laissé perplexe de nombreux lecteurs, parmi lesquels notre amie Maïwenn, qui l’a signalé dans une rubrique “bêtisier” de notre forum. Suit une tentative d’explication de la part du journaliste : “Le latin est une langue morte mais elle existe”.

Il y a donc là deux confusions : d’abord une langue “qui risque de mourir” et une langue “menacée de disparaître”, c’est exactement la même chose. En revanche on ne peut pas comparer une langue ancienne comme le latin (ou le grec ancien ou le sanskrit) et une langue qui a disparu faute de locuteurs et qui n’existera plus, sauf cas exceptionnel de “renaissance” comme peut-être le mannois.

Les priorités du projet Sorosoro restent donc encore un peu floues…

Fin du billet d’avion papier

Monday, June 2nd, 2008

C’était annoncé depuis plusieurs mois et c’est effectivement entré en vigueur depuis hier, le billet d’avion électronique remplace le billet d’avion papier ! Fini donc les billets d’avion qu’on offrait dans une enveloppe, fini les billets achetés dans une agence et qu’on contemplait en rêvant à sa destination. C’est donc le billet électronique, acheté par Internet, qui prend la relève. Il était déjà largement utilisé, et pas seulement sur les low-cost. Ce système permet de se présenter à l’aéroport avec seulement son passeport (et parfois également avec la carte bancaire qui a été utilisée pour l’achat, ou une photocopie de celle-ci) et d’obtenir immédiatement sa carte d’embarquement. Les avantages sont évidents : facilité à l’achat, gain de temps à l’enregistrement, et plus de risque de perdre ses billets.

Les compagnies mettent également en avant l’argument écologique, de bon ton et même inévitable par les temps qui courent, et les journaux (pardon, les sites d’info) titrent même “Les compagnies passent au zéro papier”. On parle de 50 000 arbres épargnés par an… mais ils oublient de dire que les billets électroniques sont également imprimés par la plupart des gens (ainsi que le reçu de la transaction, parfois les conditions générales de vente, etc.). Donc pour l’argument écolo-bobo, on repassera. On parle aussi de millards de dollars d’économie, mais sans évoquer une éventuelle baisse des prix.

Au final le billet électronique est donc moins romantique, mais l’époque où voyager en avion était romantique est de toute façon révolue. Aujourd’hui les hôtesses ne font plus rêver, un bon pilote est celui qui optimise sa consommation de carburant, et un bon avion doit être silencieux et bien entendu “vert”. Mais il faut bien le reconnaître, acheter son billet par Internet et ne plus se soucier de rien jusqu’à l’embarquement, c’est tout de même pratique. Et pour ceux qui n’ont pas Internet ou qui se montrent réticents à acheter un billet en ligne, les agences de voyage pourront toujours imprimer les fameux billets électroniques.

Quant aux arbres…