Philippe Vanderpotte

Licence LLCE Suédois

Introduction

I- La langue danoise aujourd'hui

A- Les danophones au Danemark

B- La langue danoise dans le monde nordique

C- Les caractéristiques du danois

II- Du vieux norrois au danois moderne

A- Des origines communes à l'émergence des différentes langues

B- Le Moyen-âge

C- L'influence des autres langues européennes

III- La langue danoise aujourd'hui et demain

A- L'anglais, une menace pour la langue danoise ?

B- Les réformes de l'orthographe

Conclusion/Sources

Introduction

Au XVIème siècle, un Suédois a déclaré que les Danois parlaient comme s'ils toussaient. C'est en effet, l'impression un peu déroutante que peut laisser la langue d'Andersen à celui qui l'a découvre pour la première fois. Cette langue à la sonorité si originale reste assez méconnue en dehors de l'Europe nordique. Je vous propose, dans ce dossier, de découvrir l'Histoire passionnante de cette langue depuis l'époque des vikings et de leurs conquêtes jusqu'à nos jours en évoquant les grandes étapes de l'Histoire du Danemark.

Je vous propose dans un premier temps de faire un point sur la langue aujourd'hui (le nombre de locuteurs et les endroits où le danois est parlé), puis en remontant dans le temps, de voir les grandes étapes de l'évolution de la langue pour en revenir finalement au danois moderne avec ses influences et ses défis pour l'avenir.

I- La langue danoise aujourd'hui

A- Les danophones au Danemark

Le danois est aujourd'hui la langue officielle du Danemark ainsi que de certaines organisations auxquelles le pays appartient : le Conseil nordique auquel le pays siège depuis sa fondation en 1953, et l'Union Européenne à laquelle le pays a adhéré en 1973. Le Danemark compte 5.4 millions d'habitants qui ont donc le danois pour langue maternelle. A cela, il faut ajouter les habitants des territoires autonomes : le Groenland (56 000 habitants) et les Îles Féroé (47 000 habitants) qui ont le danois comme première ou comme deuxième langue. Jusqu'en 1999, tous les Islandais (380 000) apprenaient le danois comme seconde langue mais depuis l'anglais a gagné la deuxième place.

Le découpage du Schleswig-Holstein entre le Danemark et l'Allemagne aujourd'hui

La région du Schleswig Holstein a depuis toujours constitué une région-tampon entre la culture allemande au sud et la culture danoise au nord. Ces deux duchés indépendants ont été rattachés à l'aire d'influence danoise sous le règne de Christian I de Holstein, Roi du Danemark et de Norvège. En 1864, suite à une guerre avec la Prusse et l'Autriche, le Danemark est contraint d'abandonner cette région qui appartient depuis à l'Allemagne. Il existe donc une importante communauté danophone dans ce Land allemand. On estime que, dans cette région, 10 000 personnes ont le danois comme langue maternelle mais bon nombre de personnes dans cette région ont le danois comme deuxième langue. Cette population peut bénéficier d'un enseignement en danois dispensé dans des écoles spécialisées.

De manière plus anecdotique, les Suédois ont souvent tendance à appeler "danois" le dialecte parlé en Scanie, dans le sud de la Suède mais les Danois n'ont jamais reconnu les Scaniens comme parlant danois. Cette coutume vient sans doute du fait que jusqu'à la paix de Roskilde signée le 26 février 1658, la Scanie faisait partie du Royaume du Danemark, ses habitants parlaient donc danois mais le suédois a complètement remplacé le danois après 1658.

La Scanie a été pendant longtemps un trait d'union entre le Danemark et la Suède

En comparaison avec d'autres langues comme le français, l'anglais ou l'espagnol, le danois reste une langue mineure mais qui a tout de même réussis à se trouver une aire d'influence dans l'Europe du nord.

B- La langue danoise dans le monde nordique

Héritières du vieux norrois, les langues scandinaves (danois, norvégien, suédois mais aussi l'islandais et le féroïen) restent assez proches entre elles. Un Suédois, un Norvégien et un Danois peuvent se comprendre relativement aisément en parlant chacun leur langue maternelle. Cet exercice est plus difficile pour un Islandais et un Féroïen dont la langue a conservé des archaïsmes. L'islandais est la langue qui se rapproche le plus du vieux norrois. Dans ce jeu d'intercompréhension, les Danois sont ceux qui déroutent le plus à cause de la prononciation de leur langue. Ils éprouvent moins de difficultés à comprendre leur voisin suédois que les Suédois n'en éprouvent à les comprendre.

La langue danoise a entretenu des relations très étroites avec sa voisine norvégienne. Entre 1380 et 1814, la Norvège a été sous domination danoise. Le Danemark a alors imposé sa langue aux Norvégiens, c'est la naissance du riksmål (langue de l'Etat) que l'on appelle aujourd'hui bokmål (langue du livre). Le bokmål est très proche du danois à l'écrit mais plus proche du suédois à l'oral. Les Scandinaves résume cette différence en disant : "le norvégien, c'est du danois prononcé à la suédoise." Dans les années 1830 en Norvège, un mouvement tente de retrouver le norvégien originel. En 1841, Ivar Aasen publie Den søndmørske Dialekt. C'est la naissance du nynorsk (nouveau norvégien) ou landsmål (langue de la campagne.) Le nynorsk est plus éloigné du danois et beaucoup moins répandu en Norvège, il reste toutefois la seconde langue nationale.

L'Islande a été sous domination danoise jusque 1944, date de son indépendance. L'islandais est la plus éloignée des langues scandinaves mais a été malgré tout assez influencé par le danois introduits dans la langue pendant les années où le pays était sous domination danoise. En 1918, une commission est chargée de purifier l'islandais de tous les mots étrangers, notamment des mots danois. Jusqu'en 1999, le danois était malgré tout, la deuxième langue enseignée aux élèves islandais, depuis, l'anglais est passé en tête. L'islandais est aujourd'hui, la plus "pure" des langues scandinaves, puisqu'il a été préservé des influences des autres langues européennes. C'est donc une source d'information précieuse sur l'origine des langues scandinaves.

Les Îles Féroé sont un territoire autonome dépendant du Danemark. Ils ont une langue propre : le féroïen qui est à mi-chemin entre le norvégien et l'islandais mais la plupart des habitants de l'île parlent danois puisque c'est la langue enseignée à l'école. Le Groenland est un autre territoire autonome dépendant du Danemark. Les habitants du l'île parlent pour la plupart des langues inuits (qui ne sont pas indo-européennes) mais la population parle souvent aussi le danois.

C- Les caractéristiques du danois

Il serait impossible d'énumérer ici toutes les caractéristiques qui font l'originalité de la langue danoise mais je vais au moins essayer d'en présenter les principales.

Le stød ou "coup de glotte", est sans doute le phénomène le plus original de la langue d'Andersen. Il s'agit d'un arrêt brusque des cordes vocales pour couper brièvement le son. Il est indispensable pour faire la différence entre certains mots : hun (elle), hund (le chien) ; gul (jaune), guld (or). Cette différence paraît naturelle aux yeux des Danois mais elle est très dure à produire pour un étranger puisque ce phénomène n'existe qu'en danois.

Il existe également en danois un son qu'on ne retrouve pratiquement dans aucune autre langue : le "d mou" représenté ainsi dans l'alphabet phonétique international : [ð]. Ce son est une autre difficulté pour l'étranger qui essaie d'appendre le danois, d'ailleurs les Danois eux-mêmes s'en amusent en leurs faisant répéter : "Røde grøde me fløde" [røð grøð með fløð], nom d'un dessert typique.

Enfin, le danois est une langue riche en voyelles (il est existe 13 différentes !), pour un danois, la différence est très nette entre mile (dune), mele (fariner), mæle (parler), male (peindre), pour un étranger, c'est un autre problème…

Il existe aussi des particularités qui ne sont pas propres au danois mais à l'ensemble des langues nordiques : danois, féroïens, islandais, norvégien et suédois.
- la postposition de l'article : et hus, une maison, huset, la maison ; en dreng, un garçon, drengen, le garçon.
- la formation du passif en ajoutant un "-s" au verbe : at elske, aimer, at elskes, être aimé.

II- Du vieux-norrois au danois moderne

A- Des origines communes à l'émergence des différentes langues

C'est pendant les premiers siècles de notre ère que naît le scandinave commun. En effet, à cette époque, on ne fait pas encore la différence entre le danois, l'islandais et le suédois ou les différences étaient tellement peu nombreuses qu'on ne pouvait pas vraiment dire qu'il s'agissait de langues différentes. L'arrivée de populations slaves venant de l'est sépare les Germains du Nord des Germains de l'Ouest et de l'Est. C'est ainsi que se produit la séparation de la branche nord des langues germaniques qui va donner naissance au vieux norrois, la langue des vikings. A cette époque, le vieux norrois est parlé en Scandinavie mais aussi en Normandie et dans l'est de l'Angleterre, là où les vikings ont établis des colonies. C'est ainsi que de nombreux mots scandinaves sont passés en anglais : hus bonde a donné husband (le mari), at tage est devenu to take (prendre), vindue a donné window (la fenêtre) et at give a donné to give (donner). Ces traces se retrouvent également dans la toponymie, de nombreux villages et lieux aussi bien en Normandie qu'en Angleterre portent des noms d'origine viking.

Le vieux norrois s'écrivait avec l'alphabet runique, cet alphabet et appelé "futhark" à cause des premières lettres qui forment ce nom.

Le "futhark" à 24 lettres

A l'origine cet alphabet comprenait 24 lettres puis sera simplifié au VIIIème siècle à 21 et enfin à 16 lettres. Il semblerait que ces simplifications seraient dues à des raisons pratiques plus qu'à des raisons linguistiques puisqu'au moment où l'alphabet se simplifiait, le nombre de phonèmes se multipliait. Il est possible qu'à l'époque où le commerce s'est développé, on ait eu besoin d'écrire de manière plus rapide et certaines lettres ont donc disparu. Le "futhark" sera finalement remplacé par l'alphabet latin avec l'avancée du Christianisme qui a en 965 quand le Roi Harald Blåtand se fit baptisé et convertit en même temps le Danemark.

La pierre runique de Jelling, appelée également "Danmarks Dåbsatte", le certificat de baptême du Danemark.
Cette pierre a marqué le passage du Danemark au Christianisme avec une représentation du Roi Harald Blåtand au dos de la pierre.

C'est à partir du IXème siècle que l'on commence à distinguer les différentes langues scandinaves. Deux branches se forment alors, la branche est d'une part qui donnera naissance au vieux-danois et au vieux-suédois et la branche ouest d'autre part, plus conservatrice qui donnera naissance au vieil-islandais, au vieux-féroïen et au vieux-norvégien. La mise en place progressive des normes d'écriture et de prononciation accentue l'écart entre les langues. Les normes du danois seront été fixées au XVIIIème siècle.

B- Le Moyen-âge

C'est au XIVème siècle qu'apparaît le fameux stød. Le danois prend alors une autre direction que les autres langues scandinaves qui conserveront un accent musical alors que le danois le perd en le remplaçant par ce "coup de glotte" que nous avons déjà évoqué. Le danois devient alors moins intelligible aux yeux des autres Scandinaves.

Comme nous l'avons également évoqué, en 1380, la Norvège passe sous contrôle danois. Le danois est la langue imposée à tous les Norvégiens mais lorsque les Danois changeront leur accent musical contre le stød, les Norvégiens continueront à prononcer le danois avec leur accent norvégien d'origine comme ils l'ont toujours fait, c'est-à-dire avec une prononciation beaucoup plus proche du suédois. Le danois restera très longtemps une langue de référence en Norvège puisque le célèbre dramaturge norvégien Henrik Ibsen (1828-1906), écrivait en danois ainsi que bon nombre de ses prédécesseurs comme Ludvig Holberg (1684-1754) dont nous parlerons un peu plus tard. Le danois était considéré comme une langue de culture en opposion avec les nombreux dialectes norvégiens parlés dans les campagnes.

Entre 1200 et 1500, la puissance économique des marchands la la Hanse répand le bas-allemand dans les pays nordiques. Des groupes de marchands viennent s'installer dans les grandes villes de l'Europe du Nord comme Copenhague ou encore Bergen. Le danois s'est alors enrichis de beaucoup de mots. Cette influence est encore très nette dans le danois moderne. On estime que 1500 mots sont passés du bas-allemand vers le danois, dans le domaine du commerce, de l'artisanat, de la vie urbaine mais aussi dans le vocabulaire plus général. On peut citer en exemple : magt (puissance), lykke (chance), blive (devenir) et straks (tout de suite). Dans le domaine de la navigation, le danois a également reçu beaucoup de mots du bas-allemand et du néerlandais : matros (matelot), pynt (pointe), dæk (pont), fartøj (embarcation). Beaucoup de mots sont aussi formés à partir de la racine allemande, ver+stehen devient for-stå (comprendre).

Au moment de la Réforme, la Hanse est en déclin, c'est maintenant le haut-allemand qui va influencer le danois. La Bible de Luther a été rédigée en haut-allemand puis a été traduite en danois tout en restant très influencée par la version originale notamment au niveau de la grammaire mais aussi du vocabulaire. De nouveaux mots sont ainsi apparus dans le vocabulaire danois : erfare (apprendre, expérimenter), billig (bon marché), pludselig (soudain)…

C'est également au Moyen-Âge que les "p", "t" et "k" après une voyelle ont été transformés en "b", "d" et "g". C'est une différence qui existe toujours et qu'on peut voir entre le danois et le suédois : la rue, gade (en danois) et gata (en suédois) ; le gâteau, kage (en danois) et kaka (en suédois). On peut par ailleurs noter que par la suite, le final de ces noms s'affaiblira puisque dans gade et kage, on n'entend plus le "e" final. C'est aussi à cette époque que les "a longs" écris "aa" vont commencer à se prononcer comme un [o], en 1948, une réforme de l'orthographe transformera ces "aa" en "å".

Au Moyen-âge, se crée également l'Union de Kalmar (1397-1434). En 1397, la reine Margrethe I, Reine du Danemark se retrouve à la tête des trois royaumes scandinaves : le Danemark dont son fils est le Prince héritier, la Norvège qui est sous domination danoise depuis 1380 et la Suède. Cette union va rapprocher les langues scandinaves les unes des autres mais pour un temps seulement puisque la Suède quitte l'union en 1434 après une révolte menée par Gustave Vasa.

C- L'influence des autres langues européennes

Les langues scandinaves ont très tôt été confrontées au latin. Les Scandinaves ont entretenu des relations commerciales avec les Romains. Le verbe acheter, at købe en danois, att köpa en suédois, vient du latin caupo qui signifie "cabaretier" (ce qui laisse imaginer où avaient lieu les transactions…), de même que le mot vin qui vient du latin vinum. Le nom même de Copenhague, København est un mélange de latin et de danois avec le købe qui vient donc du latin caupo et havn qui veut dire port en danois et qui vient d'une racine germanique.

Plus tard, les missionnaires apporteront d'autres mots au danois, notamment tout le vocabulaire religieux venant du latin, ou parfois du grec ancien par le biais du latin comme par exemple : kirke, l'église ou alors præst, le prêtre. Durant plusieurs siècle, les thèses soutenues à l'université de Copenhague seront uniquement acceptées en latin. La première thèse en danois date de 1830.

Aux XVIIème et XVIIIème siècle, l'hégémonie culturelle de la France a touché toute l'Europe. On sait par exemple que le roi Frederik II de Prusse parlait français à sa cours aussi que le Tsar de Russie. Le Danemark n'y a pas échappé. L'influence française concerne tous les domaines : respekt, kulisse, fabrik, karantæne, bøf, garderobe, sekretær… Le dramaturge danois Ludvig Holberg (1684-1754) écrit une comédie à ce sujet : Jean de France (1723). Jean de France, (ex-Hans Frandsen) revient d'un séjour en France et ne peut plus prononcer une phrase danoise dans y mêler des mots français. Cette pièce, l'une des plus connues de Holberg, est une satire de la francomanie danoise. Parallèlement, il est intéressant de noter que Ludvig Holberg est un écrivain norvégien né à Bergen mais a rédigé toutes ses pièces en danois puisque la Norvège étais sous le joug danois à l'époque.

A la même époque, l'italien exerce également son influence notamment dans le domaine des arts : piano, cello (violoncelle) mais aussi dans d'autre domaines : konto (compte), fallit (faillite).

C'est également à cette époque que paradoxalement, le danois se "referme" sur lui-même. Au XVIIème siècle, les dialectes ont de moins en moins d'influence et la langue parlée à Copenhague devient une référence, aujourd'hui encore, il y a peu de dialecte au Danemark, on estime que 90% des Danois parlent la même langue. Certains préconisaient de purifier la langue des apports étrangers. On entendait à l'époque par apports étrangers beaucoup de mots latins et grecs qui étaient devenus internationaux. On a donc inventé des mots pour les remplacer : adjectivum (adjectif) devient tillægsord (mot en suplément) ou encore numerale (nombre) par talord (mot pour compter).

III- La langue danoise aujourd'hui et demain

A- Les réformes de l'orthographe

Ce qui frappe celui qui apprend le danois, c'est la différence qui existe entre la langue orale et la langue écrite. En effet, avec une politique très conservatrice en matière d'orthographe, cette dernière a à peine été modifiée à travers les siècle. Ainsi l'écart entre la langue orale et la langue écrite n'a fait que se creuser d'année en année.

La norme de la langue danoise a été fixée au XVIIIème siècle, Ole Malling publie en 1775 un livre de lecture Store og Gode Handlinger af Danske, Norske og Holstenere. Ce livre sera très important pour l'enseignement puisqu'il permit de fixer la langue écrite. Il est par ailleurs intéressant de remarquer que ce livre concerne à la fois la langue danoise mais aussi la langue norvégienne puisque les deux pays formaient encore à l'époque qu'un seul et même royaume.

En 1869, un groupe d'experts scandinaves se réunit dans le but de proposer une orthographe unifiée pour les trois langues scandinaves "continentales" : le suédois, le danois et le norvégien. Les réformes qui seront acceptées par la suite seront une application de ce qu'a proposée cette commission.

On peut donc signaler deux réformes importantes de la langue écrite. Dans les années 1870, on décide de supprimer la marque de la longueur des voyelles : huus devient alors hus et troer devient tror et le "j" disparaît dans les groupes de lettres : "gj", "kj" et "skj" : gjøre devient gøre et Kjøbenhavn devient København. La loi du 22 mars 1948 verra l'apparition du "å" suédois qui remplacera le "aa" : paa devient et gaard devient gård. Cette réforme de l'orthographe verra aussi la disparition de la majuscule en initiale des noms, une habitude héritée du haut-allemand au XVIIIème.

Régulièrement, il est question de simplifier l'orthographe danoise pour plus de commodité. En effet, de nombreux Danois font des fautes d'orthographe, les enfants éprouvent de grandes difficultés pour apprendre à lire et à écrire puisqu'il leur est presque impossible d'associer une lettre avec un son. De plus, l'orthographe danoise n'arrange pas les problèmes des enfants dyslexiques ou même en difficulté. Frans Gregersen, professeur à l'université de Copenhague a d'ailleurs proposé de changer les règles d'orthographe pour les rendre plus logiques. Par exemple :
- enlever les "h" muets comme dans hvordan qui deviendrait vordan.
- ad et af s'écriraient tous les deux a.
- tous les mots en -tion ou -(s)sion s'écriraient -sjon comme dans diskusjon.
- quand on ne peut pas entendre si le mot se termine par -er ou -re, on écrit å : lærer ou lære s'écriraient tous les deux læå, være deviendrait væå.

Toutes ces propositions sont toujours rejetées car les Danois sont plutôt attachés à leur orthographe et l'Académie Royale refuse presque toujours les propositions qui lui sont faites. Mais qui sait ce que réserve l'avenir ? Le fossé entre la langue orale et la langue écrite pourrait continuer à se creuser, ou alors, l'orthographe pourrait être modifiée petit à petit…

B- L'anglais, menace pour la langue danoise ?

Depuis la seconde moitié du XXème siècle, le danois comme beaucoup de langues a été fortement influencé par l'anglais. Mais il faut tout de même savoir que les premiers emprunts datent du XIXème siècle : at strejke (to strike, faire grève), cykel (cycle, vélo)… L'orthographe de ces mots a été modifiée au XXème siècle pour parraitre plus danoise. En revanche, les emprunts récents ont été conservé l'orthographe d'origine : computer, teenager, single, weekend… Dans certains cas, l'orthographe du mot a été modifié pour s'adapter à la morphologie danoise : at checke (to check, vérifier), at surfe (to surf, surfer). Il arrive également que certains néologismes danois se construisent sur le modèle anglais comme par exemple : lomme-regner ((poket)calculator, calculatrice de poche), cd-rom brænder (graveur de cd-rom).

Il est amusant de constater qu'après avoir beaucoup donné à la langue anglaise à l'époque des conquêtes des vikings, les danois se servent amplement aujourd'hui dans le vocabulaire anglais. C'est un phénomène courant entre deux langues qui ont entretenu des relations sur le long terme, puisqu'on retrouve le même phénomène entre le français et l'anglais.

Quoiqu'il en soit, il faut bien garder à l'esprit qu'il reste encore à l'anglais beaucoup de chemin à faire pour que son influence sur la langue danoise soit aussi forte que l'influence de l'allemand et du français. Ce qui est malgré tout frappant, c'est la vitesse avec laquelle cette influence s'est fait ressentir et la profondeur de cette ancrage, certains mots anglais ont complètement remplacé le mot danois d'origine qui est tombé en désuétude.

Il semble aujourd'hui impensable que l'anglais remplace complètement le danois même si les jeunes Danois sont initiés de plus en plus tôt à la langue de Shakespeare et s'ils utilisent de plus en plus de mots anglais. Les experts estiment que ce phénomène est inévitable dans une société ouverte comme le Danemark. Les Danois n'auront pas de soucis à se faire à propos de la sauvegarde de leur langue tant qu'ils veilleront à :
- continuer à publier dans leur langue nationale les rapports scientifiques
- faire une terminologie dans leur propre langue (il est important qu'ils aient un mot danois pour exprimer chaque concept pour ne pas avoir sans cesse besoin de l'anglais)
- protéger leur culture nationale

Le danois fait partie des 100 plus grandes langues au monde sur les 6 000 à 7000 existantes, il est encore bien ancré dans son pays et sur de vastes territoire, rappelons-le. Il n'y a donc pas de raison à ce jour de faire une politique de protection linguistique comme ce que font les Islandais pour donner un exemple scandinave.

Conclusion

Le danois a beau être une langue minoritaire, son histoire n'en reste pas moins passionnante et riche. Zone frontière entre le monde germanique scandinave et le monde germanique "continental", le danois a été marqué par les grandes étapes des relations entre ces deux mondes, d'abord à l'époque des vikings, puis à l'arrivée des marchands de la puissante Ligue Hanséatique et de la Réforme, tout en s'imprégnant par la suite du français et aujourd'hui de l'anglais.

Pour terminer et de manière plus anecdotique, il convient de signaler que, même si le danois a une aire d'influence plutôt réduite par rapport à certaine langue, d'autres langues se sont inspirées du danois pour désigner les grandes étapes de l'Histoire de l'Humanité : stenalder, bronzealder et jernalder.

Français : âge de pierre, âge de bronze, âge de fer

Anglais : Stone age, bronze age, iron age

Allemand : Steinzeit, bronzezeit, eizenzeit

Coréen : 석기 시대 (seokki shidae), 청동기 시대 (cheongdonggi shidae), 철기 시대 (cheolgi shidae)

Espagnol : edad de piedra, edad de bronce, edad de hierro

Hongrois : kőkor, bronzkor, vaskor

Italien : età della pietra, età del bronzo, età del ferro

Japonais : 石器時代 (sekkijidai), 青銅器時代 (seidôkijidai), 鉄器時代 (tekkijidai)

Néerlandais : stenen tijdperk, brons tijdperk, ijzer tijdperk

Polonais : era kamienia, era brązu, era żelaza

Turc : taş devri, tunç devri, demir devri

Toutes ces expressions ont été directement calquées sur la version danoise, comme quoi, on peut être une langue minoritaire et avoir une influence sur la plupart des langues du globe…

Sources

- Documentation du Ministère Royal des Affaires Etrangères du Danemark

- L'aventure des langues en Occident, Henriette Walter, 1994, pp. 331-367

- De nordiska språken, Elias Wessén, 1965, pp. 68-81 "Danska"

- Wikipédia

- www.google.fr